Cartograph – Atlas Edition, un jeu de Brandon Lee. Une exploration intime… mais pas pour tout le monde

Une proposition claire : cartographier pour raconter
Cartograph est un jeu de rôle solo centré sur une idée simple : créer une carte en racontant son monde. Le joueur incarne un cartographe explorant un territoire inconnu, qu’il construit progressivement à travers des jets de dés, des tirages de cartes et des entrées de journal.
Le principe est simple :
- on génère la carte via les dés,
- on visite un lieu,
- on répond à un prompt narratif,
- on gère ses ressources,
- et on recommence.
Sur le papier, c’est un mélange très actuel de :
- journaling RPG,
- génération procédurale,
- worldbuilding émergent.
L’objectif final n’est pas de “gagner”, mais de produire un artefact : une carte + un journal.
Sur ce point, le jeu est parfaitement honnête : c’est un outil créatif plus qu’un jeu traditionnel.
Une direction artistique cohérente mais classique
L’édition “Atlas” est visuellement bien faite :
- la mise en page façon « manuel ancien »,
- de beaux encadrements décoratifs,
- une typographies lisibles,
- des illustrations fonctionnelles.
Mais il faut être clair :
on est dans un imaginaire fantasy générique assumé.
Ce n’est pas un défaut… sauf si vous attendez une identité forte.
Le jeu ne propose pas d’univers marquant : tout repose sur ce que le joueur va produire lui-même.
Le cœur du système : entre liberté et friction

Ce qui fonctionne très bien
Le système repose sur une idée élégante :
- les dés roulent sur la table, cela génère la géographie
- les cartes sont tirées, cela créent les événements et les « prompts »
- le journal est rédigé, cela transforme tout ça en récit
C’est fluide, intuitif, et surtout ça crée du sens à partir du hasard
Le principe “l’intuition en premier” est même explicitement encouragé dans les règles , ce qui est une excellente décision de création.
Là où ça coince
Le jeu a un problème structurel : il demande beaucoup plus d’effort mental qu’il ne le prétend
L’auteur lui-même le reconnaît : « cela peut devenir mentalement fatigant »
Et c’est un vrai point critique.
Pourquoi ? Les raisons sont diverses :
- Les « prompts » sont nombreux… mais souvent génériques
- Le jeu repose entièrement sur votre capacité à improviser
- Il n’y a quasiment pas de structure narrative forte
Conséquence : si vous n’avez pas déjà une imagination active, le jeu s’essouffle vite.
Ce n’est pas un jeu qui “porte” le joueur, c’est un jeu qui exige du joueur.
Une illusion de profondeur mécanique
Sur le papier, il y a beaucoup de choses proposées :
- une gestion de ressources (nourriture, réputation, objets…)
- la possibilité de blessures
- des éléments de gestion d’économie
- des actions de repos
Mais dans les faits, tout cela reste léger, voire cosmétique
Ainsi par exemple :
- la réputation sert surtout à modifier des coûts ou relancer des dés
- les blessures sont narratives avant tout et on peu d’influence
- les choix stratégiques restent limités
En résumé, le jeu n’est pas tactique. C’est un jeu narratif déguisé en système
Si vous venez chercher un vrai défi mécanique, vous serez déçu.
Une vraie réussite : la fabrication d’artefacts
Là où Cartograph devient intéressant, c’est ailleurs. Ce jeu produit quelque chose de tangible.
À la fin du processus nous avons :
- une carte dessinée à la main
- un journal d’exploration
- un monde exploitable dans d’autres jeux
Le livre le dit explicitement : cet artefact peut servir ailleurs
Et c’est là sa meilleure idée. Cartograph n’est pas une fin, c’est un générateur.

Public cible (et non, ce n’est pas “tout le monde”)
Soyons directs :
Ce jeu est pour vous si :
- vous aimez écrire
- vous aimez dessiner ou griffonner
- vous voulez créer un univers personnel
- vous acceptez de jouer seul longtemps
Ce jeu n’est pas pour vous si :
- vous voulez un système solide
- vous attendez un récit dirigé
- vous manquez d’inspiration spontanée
- vous n’aimez pas écrire
Cartograph est un excellent outil créatif… mais un jeu fragile.
Ses points forts restent :
- Un concept simple et élégant
- Une fusion réussie entre carte et narration
- Une grande liberté créative
- Une production d’un artefact concret
Ses faiblesses cependant sont :
- Une dépendance totale à l’imagination du joueur
- Des prompts parfois trop génériques
- Une faible profondeur mécanique
- Une fatigue mentale réelle sur la durée
Quoi qu’il en soit, le jeu mérite d’être connu ne serait-ce car il permet de mettre en action les principes de la communauté de Dungeon Art à savoir, dessiner et créer des cartes parfois pour les utiliser dans nos jeux de rôles.
Pour vous procurer le jeu Cartograph :
Le site Itchio de l’auteur où vous pouvez vous procurer le pdf : https://the-ravensridge-press.itch.io/cartograph-atlas-edition
Pour ceux se trouvant de l’Europe (l’auteur et la compagnie basés en Australie n’envoient pas encore vers la France, mais cela pourrait évoluer), il est possible de se procurer une version physique du jeu avec quelques accessoires sur le site The Ravensridge Emporium.
Quelques vidéos sur le jeu (en anglais) :